ИЗИТ

PRESS АРХИВА


Serbie : bataille en vue autour de la réforme des entreprises publiques

Traduit par Stéphane Surprenant

Mise en ligne : jeudi 21 avril 2005

Sur la Toile

Le gouvernement risque la confrontation avec les salariés en poursuivant son plan de rationalisation et de privatisation de plusieurs grandes sociétés d’État. Ce plan de réforme des entreprises publiques du gouvernement serbe est en train de subir son premier véritable test avec la compagnie aérienne Yugoslav Airlines (JAT).

Par Milan Culibrk

Alors que l’horaire des vols de JAT est significativement réduit en raison de la grève du personnel qui se poursuit, personne ne peut prédire le sort de cette entreprise aux prises avec des pertes annuelles importantes.

En effet, les avions sont cloués au sol depuis trois semaines déjà, car les mécaniciens et les ingénieurs sont en grève et exigent le paiement de leur salaires en retard.

Les employés ont déposé leur tablier après que la compagnie eut été incapable de verser une partie des salaires de novembre et de décembre 2004. Le ministre serbe des Finances a refusé de fournir l’argent nécessaire, soutenant que la companie avait épuisé son budget de 2004 pour les salaires à la mi-novembre.

Le refus du ministre de rompre avec sa rigueur budgétaire a envoyé un signe de durcissement face aux dépenses exagérées du secteur public.

Déterminé à restructurer les sociétés d’État et à les forcer à améliorer leur efficacité par rapport aux coûts d’opérations, le gouvernement a imposé une limite de 7 % sur toute hausse de salaire.

Cela signifie une baisse de salaire nette, puisque cette limite de 7 % est inférieure de 2,6 % au taux d’inflation attendu cette année.

La plupart des économistes appuient la ligne dure parce que les salaires dans le secteur public demeure deux à trois fois supérieurs au salaire mensuel moyen, soit environ 185 ?. Pendant ce temps, plusieurs entreprises publiques accumulent les pertes.

Alors que celles-ci font face à un ensemble de problèmes de restructuration - très nombreux employés, dettes et équipement obsolète - aucun gouvernement depuis la chute de Slobodan Milosevic en 2000 n’avait sérieusement essayé de corriger la situation, craignant une vague de contestation sociale.

Incontournables principes de marché

Cependant, il est devenu de plus en plus évident qu’aucune réforme en profondeur de l’économie ne sera possible sans appliquer les principes de l’économie de marché aux sociétés d’État.

Un obstacle majeur à toute réforme sérieuse est la taille de ces entreprises. Les sociétés d’État serbes emploient seulement 10 % de la force de travail nationale, mais ont généré un cinquième des revenus totaux du pays en 2003 et 27 % des pertes totales de l’économie.

D’après une analyse de l’ancien ministre des Finances Bozidar Djelic, les dettes étrangères additionnées des quatre plus grandes entreprises publiques (EPS, compagnie d’électricité ; NIS, compagnie pétrolière ; ZTP, compagnie ferrovière ; JAT, compagnie aérienne) s’élèvaient en 2003 à 2,3 milliards d’euros.

De ce montant, 747 millions d’euros sont dûs au Club de Paris et 536 millions d’euros à l’International Financial Corporation.

Des institutions financières internationales, de concert avec le FMI avec lequel la Serbie a signé une entente de trois ans en 2002, insistent sur le fait que la restructuration des sociétés d’État constitue une condition à toute coopération future.

Le plus récent rapport du FMI publié au début de cette année soutient que la part excessives de ces firmes dans le PIB était l’une des raisons pour lesquelles l’économie du pays peinait à surmonter ses difficultés.

Ébranlé par ces appels, le gouvernement serbe a dévoilé ses plans pour transformer huit compagnies cruciales dès cette année : EPS, NIS, ZTP, JAT, Telekom (télécommunications), PTT (postes), l’aéroport de Belgrade, de même que Srbijasume (foresterie).

Ces huit entreprises emploient actuellement 135 000 personnes et, du moins selon les plans de restructuration, plus de 18 000 d’entre elles devraient être mises à pied.

Bien que le gouvernement rencontre une certaine résistance au sein de la JAT, la première des compagnies réformée, le Ministre serbe des Finances Mladen Dinkic est convaincu que les choses se passeront mieux et plus rapidement avec les sept autres hydres.

Dans le cas de JAT, Dinkic affirme que le trop grand nombre d’employés est le principal problème. « 1 500 employés constitueraient un nombre optimal pour une compagnie de cette taille ; elle en a aujourd’hui 3 700 », a-t-dit-il à l’IWPR. Dinkic s’attend à ce que l’opposition la plus féroce aux restructurations à venir vienne des gros - mais inefficaces - appareils administratifs de l’EPS et de NIS.

En avril, les chiffres s’élevaient à 8 573 employés dans les huit compagnies qui avaient déjà postulé pour des départs volontaires accompagnés de compensations monétaires.

Le plan du gouvernement envisage aussi de réengager 9 800 employés dans les nouvelles entreprises qui seront formées après la séparation des activités principales et périphériques des sociétés d’État.

Parmi ces activités périphériques on trouve des hôtels et des restaurants. Par exemple, JAT possède des hôtels à Belgrade, dans la station hivernale de Kapaonik et sur la côte du Monténégro. Ces activités ont peu ou pas de rapport avec celles d’une compagnie aérienne. Le gouvernement compte créer ainsi 9 800 nouveaux emplois en les privatisant.

135 000 licenciements en vue ?

Plusieurs économistes croient que le gouvernement sous-estime le nombre d’emplois à supprimer. Ils soutiennent que le tiers des 135 000 employés des sociétés d’État devraient être licenciés - mais le gouvernement n’ose pas admettre de tels chiffres, craignant une paralysie du secteur industriel.

Les travailleurs de la raffinerie de Pancevo ont déjà commencé à poser des actes de protestation en avril contre les coupures de postes à NIS. Comme la raffinerie est l’une des deux seules de Serbie, le manque de carburant s’est rapidement fait sentir.

En dépit de ces problèmes initiaux, le gouvernement maintient qu’il n’existe aucune alternative au plan de restructuration.

Mladjan Dinkic rappelle que le gouvernement entendait privatiser en 2006 toutes les sociétés d’État actuellement en voie de restructuration - et qu’il n’y aurait pas de sursis pour celles qui n’auront pas réussi à s’attirer des offres.

« Les entreprises pour lesquelles il n’y aura aucun intérêt manifesté par des acheteurs potentiels seront mises sous la loi de la faillite », a-t-il précisé.

Néanmoins, tous les économistes n’appuient pas cette stratégie. Vladana Hamovic, économiste au Institute for Market Research, affirme que le gouvernement a posé des gestes « inconsidérés et maladroits », en particulier en ne tirant pas avantage des expériences similaires menées dans d’autres pays.

Vladana Hamovic pense que la stratégie consistant à vendre toutes les sociétés restructurées à des acheteurs étrangers est erronée. Elle cite la Slovénie à titre d’exemple alternatif. Là-bas, le gouvernement a conservé la mainmise sur des secteurs clé de l’économie à travers des partenariats entre les employés et l’État. Les travailleurs possèdent la firme en utilisant des capitaux fournis et détenus par l’État.

« La Slovénie a préservé tout ce qui est essentiel à l’économie du pays, pendant que nous nous apprêtons à liquider nos actifs économiques vitaux », explique-t-elle.

Aleksandar Vlahovic, ancien ministre et député du Parti démocratique (DS, opposition) à l’Assemblée serbe, a aussi manifesté son scepticisme à l’IWPR devant pareillle stratégie.

Aleksandar Vlahovic remarque qu’un gouvernement composé de plusieurs partis politiques hétérogènes serait incapable de mener la difficile restructuration des sociétés d’État comme EPS, NIS et ZTP.

« Le gouvernement traîne les pieds depuis le début du processus et l’année 2004 est déjà complètement gaspillée », déplore-t-il. « Il n’a de toute évidence aucun plan de restructuration établi et clair, ce qui explique les erreurs et que les ministres donnent des avis contradictoires. »

L’économiste Sasa Djogovic considère pour sa part qu’une autre erreur majeure commise par le gouvernement a été la décision de continuer à désigner les présidents et membres des conseils d’administration des sociétés d’État sur la base de leur affiliation politique.

Comme leurs prédécesseurs, les partis de la coalition au pouvoir - le Parti démocratique de Serbie (DSS), le G17 Plus, le Mouvement pour le Renouveau serbe (SPO) et la Nouvelle Serbie (NS) - sont parvenus à une entente qui spécifie quels partis nomment les membres de l’exécutifs de quelles entreprises publiques.

Sasa Djogovic constate que choisir la direction des entreprises en fonction de la stricte compétence professionnelle aurait autrement aidé le gouvernement à restructurer les sociétés d’État adéquatement.

Mladjan Dinkic pense toutefois que le gouvernement a atteint un consensus sur la restructuration de ces sociétés. « Tous les ministres ont compris que cela doit être fait et nous n’avons pas de problème avec notre stratégie. Nous savons où nous allons », a-t-il déclaré.

« Après la privatisation et la restructuration des sociétés d’État, nous pourrons sortir de l’impasse où nous a enfoncé le régime précédent dans les années 90. Je crois que les deux prochaines années seront beaucoup plus faciles que celle-ci. »

Plusieurs économistes en doutent. Ils notent que le vrai défi ne sera pas de transformer JAT, qui est relativement petite et éventuellement rentable, mais bien de réformer les autres grandes entreprises publiques. C’est à ce moment seulement que l’on verra si le gouvernement accepte de prendre le risque d’une contestation sociale majeure.

Milenko Smiljanic, Président de l’Alliance des Syndicats ouvriers indépendants serbes, l’une des plus grandes centrales syndicales, a prévenu que les travailleurs ne voudront pas supporter à eux seuls le poids de la réforme.

Il ajoute que les employés ne ralentissaient pas les réformes : « Il y a beaucoup de gens au gouvernement serbe qui tiennent à ralentir le processus, dont plusieurs qui évoluent dans les sphères des capitaux et des affaires louches ».

« Ensuite, ce sont les travailleurs qui sont laissés avec rien et ce sont eux qui ont payé pour tout le processus de réforme durant les 15 dernières années. »

Натраг

Design by Vojkan Sobic. Code by Bosko Pesic.